lundi 8 janvier 2018

Boogie : Jusqu'ici, tout va bien

En 2015 a été réédité le livre culte It's All Good de Boogie, à l'occasion des 10 ans de sa sortie. Étant donné qu'il s'agit là de l'un de mes ouvrages favoris, je me suis dit qu'il fallait que je lui consacre un article, ne serait-ce que pour le faire découvrir aux quelques-uns d'entre vous qui ne le connaisse pas.

Photo par Greg Funnell

Boogie (de son vrai nom Vladimir Milivojevich) est un photographe né en Serbie en 1969.
Il est surtout connu pour ses reportages auprès de personnes vivant en marge de la société et pour ses photographies de rue. Il a été exposé à travers le monde, et a publié dans des magazines prestigieux comme le New York Times, le Time ou encore Huck.

Parmi ses livres les plus connus, on peut citer A Wah Do Dem (le premier en couleur), sorti l’année dernière et qui traite des gangs et de la vie à Kingston (Jamaïque), Belgrade Belongs to Me (sur sa ville natale) ou encore It’s All Good.

Ce dernier compile des photos prises entre 2003 et 2006 à New York City. Boogie porte un regard brutal sur la réalité de la vie dans cette ville, avec son lot de crimes, de violence, ses gangsters, ses orphelins sans abri et ses habitants pauvres consommant de la drogue pour tenter d’échapper à leur quotidien.
Il tourne son appareil photo vers des gens ordinaires, qui pourraient être vos voisins sans que vous le sachiez, car leur situation fait rarement la une des journaux. 


Il raconte dans une interview que c’est par pur hasard qu’il a pu prendre certaines de ses photos les plus connues, au cœur même des gangs.


Il passait déjà beaucoup de temps avec eux, mais c’est un ami qui lui a proposé la première fois de faire des photos de lui et de ses camarades avec des armes. Comme on peut s’en douter, il s'est empressé de dire oui.
Il rajoute cependant que quelques minutes après ça, il a eu une crise de panique, en imaginant ce qui aurait pu arriver si l’un des gangsters avait pressé la détente par mégarde. Mais dès le lendemain il a recommencé, pour finalement revenir avec la série d'images que l'on connaît. 



Si ce livre est surtout connu pour les quelques photos présentes ci-dessus, il ne faut pas s’y arrêter. Boogie se concentre aussi sur la part sombre et invisible de notre monde, mais toujours avec une grande humanité. Il ne juge jamais les gens qu’il photographie: que ce soit des parents qui s’occupent d’un enfant, ou des habitants qui se droguent, parfois même en pleine rue.


Inutile de se mentir : certaines images sont vraiment difficiles à regarder. Pendant plusieurs années, le photographe a réellement passé du temps avec ces personnes, habitant quasiment dans les bâtiments délabrés dans lesquels elles se retrouvaient, et refusant toujours la prise de drogue lorsqu’on lui en proposait. A un moment cependant, il a dû mettre un terme à son projet car il commençait à faire une dépression. Il n’arrivait plus à dormir, car il pensait sans arrêt aux personnes avec lesquelles il passait ses journées.


Plus que jamais ces photos semblent d’actualité, et c’est d’ailleurs une des raisons qui ont poussées les éditeurs à faire un second tirage de ce livre depuis longtemps en rupture de stock. En effet, il y a toujours des endroits, aux USA ou dans le monde, où la réalité qui est présentée ici est encore le quotidien d'un grand nombre de personnes.

En plus d’être un photographe extrêmement talentueux et obsessif, Boogie possède une véritable éthique. Pendant toutes ces années, il ne s’est pas contenté de rencontrer deux ou trois junkies, dans l'otique d'avoir quelques bonnes images à vendre à des magazines. Il a partagé le quotidien de ces gens, pour que ses images retranscrivent le mieux possible leur réalité.


Si vous voulez en savoir plus sur le photographe ou son travail, je vous laisse une petite liste de liens qui vous permettront d'aller plus loin :
Toutes les photos présentes dans cet article (sauf contre indication), sont © Boogie.